un second porte-avions avec chasseurs bombardiers et navires d’appui a rejoint l’imposant déploiement aéronaval étasunien dans le Golfe PersiqueDans un article publié dans Le Monde du 16 septembre 2007 Bernard Kouchner déclarait que la crise du nucléaire iranien imposait de « se préparer au pire » qui est « la guerre » *

Quelle que soit l’importance qu’on accorde aux propos du French Doctor défroqué, force est de constater que la presse ne parle plus de cette lourde menace pour la paix.

Toute la presse ? Non ! Car, en observateur averti de la politique étasunienne, Lucio Manisco analyse la situation en commençant son propos ainsi :

 « L’annonce d’une apocalypse éminente a été donnée par le périodique The American Conservative : “une réunion du Conseil de la Sécurité Nationale (qui) a approuvé les plans d’attaque par missiles Cruise contre une base Al Qods (la Garde Révolutionnaire Iranienne) où seraient entraînés les militants irakiens engagés dans la guérilla contre les troupes d’occupation”

Silence assourdissant dans notre pays (Italie) sur les perspectives d’une grande guerre moyen-orientale amorcée par une attaque balistique et aérienne étasunienne et israélienne contre une présumée base iranienne d’entraînement des terroristes qui tuent les soldats américains en Irak. Silence du gouvernement Berlusconi, silence de la majorité et de la minorité parlementaire, silence des politologues et experts militaires, silence des masse medias. On en parle et on en écrit aux Etats-Unis et en Europe, pas en Italie.

La dernière, et la plus alarmante, annonce d’une apocalypse éminente a été donnée par le périodique de droite The American Conservative : sous le titre « La guerre avec l’Iran peut être plus proche qu’on ne l’imagine » Philip Giraldi, ex fonctionnaire de la CIA, se réfère à une réunion du Conseil de la Sécurité Nationale qui a approuvé les plans d’attaque par missiles Cruise contre une base Al Qods (la Garde Révolutionnaire Iranienne) où seraient entraînés les militants irakiens engagés dans la guérilla contre les troupes d’occupation. Le Secrétaire d’Etat Condoleeza Rice, le Secrétaire au Trésor Henry Paulson, le Conseiller pour la Sécurité Nationale Stephen Hadley, le Président Georges Bush et le Vice Président Dick Cheney ont approuvé le plan opérationnel, tandis que le Secrétaire à la Défense Robert Gates s’est exprimé en faveur d’un renvoi de l’opération.

Deux jours avant, le 7 mai, la Maison Blanche, par l’intermédiaire des dirigeants de la région kurde en Irak, avait envoyé une communication officielle au gouvernement iranien, demandant à ce dernier d’admettre ses interférences dans le pays voisin et l’engagement formel d’interrompre son appui aux différents groupes de militants qui se battent contre les troupes d’occupation. Réponse immédiate de Téhéran : aucune discussion n’est possible tant que les Etats-Unis ne suspendront pas les infiltrations d’agents et le soutien qu’ils fournissent aux dissidents iraniens. D’où la décision de l’Administration Bush d’envoyer un signal « non équivoque », c’est-à-dire balistique, à la direction iranienne.

On peut présumer - conclut la note informative de The American Conservative- qu’il s’agira d’une attaque de précision ciblée contre les dispositifs al-Qods d’une base aux environs de Téhéran, qui évitera des pertes chez les civils. Il reviendra au Président Bush de donner l’ordre de mission dès que les préparatifs seront au point.

Le 10 mai, la Maison Blanche a admis officieusement qu’une réunion du Conseil de la Sécurité Nationale avait eu lieu et qu’elle avait eu pour thème la visite du Président à Jérusalem cette semaine, pour participer aux célébrations du 60ème anniversaire de l’Etat d’Israël, ainsi que pour relancer les négociations de paix, argument repris ensuite par Georges Bush le 12 mai.

Non moins alarmants sont les développements de ces dernières semaines : un second porte-avions avec chasseurs bombardiers et navires d’appui a rejoint l’imposant déploiement aéronaval étasunien dans le Golfe Persique ; on voit croître de jour en jour le barrage de dénonciations contre le gouvernement de Téhéran, de la part du Département d’Etat, pour de présumées interférences militaires en Irak, alors que se montent désormais à 5 les interceptions d’unités légères iraniennes dans les eaux territoriales par des unités de la marine Usa ; de vastes champs de mines ont été installés aux frontières ; et malgré les démentis de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA) et de seize services de contre espionnage étasuniens, le Vice Président Cheney et le Secrétaire d’Etat Rice ont continué, de concert avec le gouvernement israélien, à dénoncer la potentielle menace nucléaire de Téhéran ; la tentative manquée au Liban de neutraliser le Hezbollah, prélude probable d’une seconde offensive israélienne, peut avoir induit Washington à accélérer le calendrier de l’offensive contre l’Iran.

Gary Leupp, professeur d’histoire à la Tufts University, orientaliste et expert de questions moyen-orientales, a tracé, à partir des révélations publiées par The American Conservative, les profils des conséquences catastrophiques de l’attaque étasunienne prévue : d’une réaction militaire iranienne spasmodique et généralisée, à l’engagement dans la guerre de la Syrie et du Liban ; des insurrections armées chiites au renversement des régimes pro-occidentaux jusqu’à de nouvelles alliances, impensables aujourd’hui, comme celle de Téhéran et des Talibans sunnites. Gary Leupp est on ne peut plus pessimiste sur l’éventuelle opposition de l’opinion publique étasunienne qui serait prise dans une grande flambée patriotique de soutien à « nos boys au front » ; quant aux deux candidats démocrates à la présidence, tant Hillary Clinton que Barak Obama ont déjà assuré que, contre l’Iran, « toute option est valable » ; sans parler du républicain McCain, qui a même été décrit par un de ses partisans comme « un Bush aux stéroïdes ».

Une grande guerre moyen-orientale rendrait certaine sa déjà probable victoire en novembre ; elle aiderait les Etats-Unis à dépasser leur plus grave crise économique depuis celle des années Trente ; et dans le projet insensé des neocons, l’interruption des flux énergétiques moyen-orientaux vers la Chine, l’Inde et l’Europe, ainsi qu’une utilisation possible d’armes nucléaires tactiques contre l’Iran, renforcerait l’hégémonie politique militaire du grand empire d’occident sur le monde entier…. »

* Extrait de l’intervention de Bernard KOUCHNER : La crise du nucléaire iranien impose de “se préparer au pire” qui “est la guerre”, a déclaré  Bernard Kouchner, dimanche 16 septembre (2007), tout en affirmant que la négociation devait primer.

Invité de l’émission le Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, le ministre des affaires étrangères a indiqué “qu’aucun signe ne nous permet de penser, en dehors des préparations militaires”, qu’un bombardement de l’Iran soit proche. “Je ne crois pas que nous en soyons là”, mais il “normal qu’on fasse des plans” a-t-il dit, précisant toutefois que “l’armée française n’est pas pour le moment associé à quoi que ce soit ni à aucune manoeuvre que ce soit”.

** [Lucio Manisco est journaliste ; il a été le correspondant de la Rai, et de plusieurs titres de la presse écrite, pendant plusieurs dizaines d’années aux Etats-Unis et ancien député européen.