Le niveau social demeure un facteur clé de l’état de santé des Français.Plus faibles sont les revenus des ménages, plus mauvais est l´état de santé des Français, plus bas est le taux de couverture en complémentaire santé et plus fréquent est le renoncement aux soins. L´enquête Santé Protection sociale (Esps) 2006 de l´Irdes (Institut de recherche et documentation en économie de la santé) effectuée auprès de 8 000 ménages (22 000 individus), souligne, comme les années précédentes, l´importance du déterminant social dans les statistiques de santé. 

Si trois personnes sur quatre se déclarent en bonne santé, d´après l´Esps 2006, le pourcentage de personnes se déclarant en « moyen », « mauvais » ou « très mauvais » état de santé varie de 15 % parmi les ménages de cadres à 37 % parmi les ménages d´employés de commerce et d´ouvriers non qualifiés. Les troubles de santé les plus fréquemment évoqués sont les troubles de la vue (60 % des personnes interrogées), l´hypertension artérielle (14,9 %), l´arthrose (18 %), les problèmes de dos (13,2 %) et les problèmes de cholestérol (12,8 %). Les femmes, plus que les hommes, déclarent plus de problèmes de santé, en particulier la dépression nerveuse, l´anxiété, les migraines (9,3 % des femmes et 2,8 % des hommes). Le niveau social joue aussi un rôle majeur dans le taux de couverture en complémentaire santé. L´enquête indique que le pourcentage du revenu consacré à l´acquisition d´une couverture complémentaire – le « taux d´effort » - est de 10,3 % pour les ménages les plus pauvres et de 3 % pour les ménages les plus riches. En outre, pour un taux d´effort trois fois plus élevé, les ménages les plus pauvres bénéficient de contrats qui offrent des garanties inférieures à ceux des ménages les plus riches. « Malgré la CMU et malgré la mise en place de l´aide à la mutualisation (ou chèque santé) qui tarde à se développer, l´accès à la couverture complémentaire reste encore fortement inégal en France », constate l´étude. Les jeunes adultes (20-29 ans) et les personnes âgées de plus de 80 ans sont les moins couverts par une assurance complémentaire, respectivement en raison de l´absence de problèmes de santé et de la prise en charge à 100 % par l´assurance maladie des problèmes de santé les plus graves dans le cadre des affections longue durée (ALD). Au total, 7 % des Français déclarent ne bénéficier d´aucune couverture complémentaire santé, malgré l´existence de la Cmuc (Couverture maladie universelle complémentaire). Un taux qui varie une fois encore fortement en fonction de la situation sociale.Les résultats de l´enquête 2006 témoignent aussi de l´impact du déterminant social dans le renoncement aux soins. Le nombre est élevé : 14 % de la population métropolitaine indique avoir renoncé à des soins pour des raisons financières au cours de l´année, le taux variant fortement en fonction du revenu des ménages. Ces renoncements ont concerné majoritairement les soins bucco-dentaires (63 %), puis les lunettes (25 %) et les soins de spécialistes (16 %). Pour expliquer ce renoncement, les ménages invoquent principalement leur absence de couverture par un organisme complémentaire. Ainsi 32 % des personnes qui ne bénéficient d´aucune assurance complémentaire disent avoir renoncé à des soins, contre 19 % des bénéficiaires de la Cmuc et 13 % des bénéficiaires d´une complémentaire privée. En revanche, 5 % seulement des personnes interrogées ont renoncé à consulter un médecin spécialiste depuis la réforme du médecin traitant.Un point de l´enquête est enfin spécifiquement consacré à un premier bilan de la réforme du médecin traitant. En 2006, 78 % des Français déclaraient avoir choisi un médecin traitant, sachant que 92 % d´entre eux ont opté pour leur médecin habituel ou de famille. Plus de 8 personnes sur 10 qui ont choisi leur médecin traitant l´ont fait en croyant, à tort, qu´il s´agissait d´une démarche obligatoire. Les motivations des autres sont ensuite financières (volonté de ne pas être pénalisés dans les remboursements), civiques (volonté de faire réaliser des économies à la sécurité sociale) et médicales (22 % des personnes y voyaient un moyen d´améliorer leur prise en charge). Les statisticiens chiffrent à 5 % le nombre de Français réfractaires au dispositif du médecin traitant en 2006, l´absence de médecin de famille multipliant par cinq la probabilité ne pas avoir de médecin traitant. S´ils admettent manquer de « recul », les auteurs de l´enquête Irdes rapportent cependant l´étonnant sentiment des patients : « Huit personnes sur dix ont eu le sentiment d´une absence de changement dans leur suivi (…). Au final, seules 5 % des personnes ont eu le sentiment d´être mieux suivies et 2 % d´être moins bien suivies ».